L’énergie qu’il nous faut !

J. F. MILLET, L'Homme à la houe (1860-62) source: Wikimedia Commons - domaine public

L’homme avait attaqué la montagne de front, à la houe.  Cet outil à manche court, lourd mais efficace, utilisé un peu partout en Afrique du Nord, courbant durement le dos, mais procurant une grande puissance.  Pour défricher grossièrement ces quelques ares, il mettait une énergie incroyable, visible de loin, de là où je me trouvais, dans ce minibus Mercedes bringuebalant occupé à se traîner sur une piste poussiéreuse située sur le versant opposé de la vallée.  Nous étions en mars, ce paysan devait sans doute préparer le premier semis de froment ou d’orge.  Tout était sommaire: l’outil, le terrain, même pas une terrasse aménagée, juste la montagne, un peu en amont du village.  Et lui, seul face à la montagne.

Effondrement, anthropocène … des concepts qui nous parlent de nos mythes sociaux dans le post Apocalypse now ?

L’énergie du désespoir, ou de l’espoir …  L’énergie la plus brute, l’espoir le plus primitif: nourrir sa famille.  L’énergie qui fait existence. C’est cette énergie qu’il nous faut retrouver, développer, partager. 

Faisant fi des constats lamentables, des analyses certes intellectuellement séduisantes mais, in fine, paralysantes.  Refuser la science de l’inéluctable, peut-être même inconsciemment souhaité (le fantasme cathartique), dite ‘collapsologie‘.  Ne pas nous laisser tenter par la douce amertume du saudade‘. 

Parce que vivre ce n’est que cela, combattre contre la grande glissade …  Et quand nous aurons fini de combattre, c’est que nous serons morts.

Exister, c’est résister

Jacques ELLUL, l’illusion politique, 1965.

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