Écrire, en ce qui me concerne, est une démarche qui s’accompagne nécessairement de cœur et d’humilité.  Je ne suis jamais aussi mauvais que lorsque je me laisse aller à oublier l’un ou l’autre de ces garde-fous.


L’écriture, je la vis comme une valeur en soi, des moments de liberté, une manière tout à fait différente de penser lorsque la plume glisse sur le papier, un défi aussi à la loyauté et à l’honnêteté intellectuelle (dur dur de voir certains constats s’afficher noir sur blanc).


J’aimerais que mon esprit glisse aussi librement que mes pas sur ce haut-plateau désertique.

 

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Puis écrire comme si personne ne devait me lire.  Sans pudeur, sans vergogne, sans ostentation.


Que pouvons-nous partager ?  Rien, suis-je tenté de répondre.  Avant de réaliser le paradoxe d’aligner ces mots sur un serveur accessible à des millions de gens.

Est-ce le besoin de caresser une illusion ?

Est-ce le besoin de ressentir une fraternité (ou l’ersatz numérique de celle-ci) ?

Tous ceux (toutes celles) qui ont écrit, chanté, gravé, peint sont-ils, sont-ils juste de doux rêveurs, ignorants de nos limites ?

N’est-il pas urgent de partager ce que notre humanité peut produire de constructif, de subtil, avant que ne survienne la barbarie ?


Plus ou moins caché au sein de cette nature redevenue luxuriante et sauvage après avoir nourri des femmes et des hommes courageux, au bout de routes étroites et tortueuses, par un mince fil de cuivre (eh oui !) relié à cette immense toile, j’écris.  C’est-à-dire que je déverse des flots qui, par intermittence, s’écoulent de mon cerveau.  Pourquoi vouloir les aligner à plat sur cet écran ?  Pourquoi vouloir mettre de l’ordre, classer ce qui évidemment, par nature, est inclassable ?  Je n’en sais trop rien.  Mais l’évidence s’impose à moi, plus forte chaque jour, que si je laisse bouillonner ce magma, la marmite va exploser.  Alors, sauve qui peut !


Oui, bien sûr, changer le monde est une illusion.  Je n’ai plus tout à fait 18 ans, même si j’ai du respect pour la personne que j’ai été à cet âge.  Mais le processus de vouloir le changer le changera.  Et nous changera aussi.  Accepter n’est pas renoncer.  Et l’écrire nous sort du solitaire pour rechercher le chemin du solidaire.


Et, enfin et surtout, la vie ça ne se réfléchit pas, ça ne s’écrit pas, ça ne se virtualise pas, ça se vit !

« Que mon livre t’enseigne à t’intéresser plus à toi qu’à lui-même – puis à tout le reste plus qu’à toi. » (André GIDE, Les nourritures terrestres).


Dans ma tête, un écheveau complexe d’idées, d’intuitions, d’analyses.  Touffu, trop touffu sans doute (ça manque un peu de lumière là-dedans !).  Au bout de mes doigts, l’écriture.  Linéaire, par définition.  Accepter d’attraper un brin de l’écheveau, le suivre pas à  pas, sur quelques centimètres, suivre peut-être l’un ou l’autre embranchement.  Puis s’arrêter là.  Reprendre le lendemain, un autre brin, continuer …