L’homme avait attaqué la montagne de front, à la houe.  Cet outil à manche court, lourd mais efficace, utilisé un peu partout dans le Haut-Atlas.  Pour défricher grossièrement ces quelques ares, il mettait une énergie incroyable, visible de loin, de là où je me trouvais, dans ce bus bringuebalant, se traînant sur une piste poussiéreuse située sur le versant opposé de la vallée.  Nous étions en mars, ce paysan devait sans doute préparer le premier semis de froment ou d’orge.  Tout était sommaire: l’outil, le terrain, même pas une terrasse aménagée, juste la montagne, un peu en amont du village.  Et lui, seul face à la montagne.

L’énergie de l’espoir, ou du désespoir …  L’énergie la plus brute, l’espoir le plus primitif: nourrir sa famille.  C’est cette énergie qu’il nous faut retrouver, développer, partager.  Faisant fi des constats lamentables, des analyses certes intellectuellement séduisantes mais, in fine, paralysantes.  Refuser la science de l’inévitable, peut-être souhaité, dite « collapsologie ».  Ne pas nous laisser tenter par la douce amertume du ‘saudade‘.  Parce que vivre ce n’est que cela, combattre contre la grande glissade …  Et quand nous aurons fini de combattre, c’est que nous serons morts.

« Vivre, c’est résister » (Jacques ELLUL).